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22 nov. 2022

À reculons / Al revés

 

Instructions pour monter un escalier à reculons


Julio Cortázar


Julio Cortázar, Argentin, est né en 1914 à Bruxelles et mort en 1984 à Paris. « Más sobre escaleras » (titre original) est un petit appendice aux fameuses « Instructions pour monter un escalier» que vous connaissez peut-être.
              

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Dans un passage de
la bibliographie que je préfère oublier, nous avions expliqué qu’il y a des escaliers pour monter et des escaliers pour descendre; ce que nous n’avions pas dit alors, c'est qu'il existe aussi des escaliers pour aller en arrière.

Les usagers de ces engins salutaires comprendront sans trop d'efforts que n'importe quel escalier recule si on le monte à l'envers, mais ce qui reste à prouver, dans notre cas, c'est le résultat d'un processus si insolite.


Essayez avec n'importe quel escalier extérieur.

Une fois dominé le premier sentiment d'incommodité voire même de vertige, nous découvrirons à chaque marche une nouvelle perspective, qui, même si elle appartient à celle de la marche précédente, la corrige, la critique et l’élargit.

Rappelez-vous, il n'y a pas si longtemps, la dernière fois que vous aviez gravi les escaliers de façon habituelle, le monde derrière vous demeurait aboli par l'escalier lui-même, par son hypnotique ascension de marches. Il suffira en revanche de l'aborder à reculons pour qu'un horizon initialement limité par la clôture du jardin s'étende maintenant jusqu'au petit champ des Peñalosa, embrasse ensuite le moulin de la Turca, jaillisse jusqu'aux peupliers du cimetière, et, avec un peu de chance, atteigne le véritable horizon, celui dont la maîtresse de CE2 (2º primaire) nous enseignait la définition.

Et le ciel ? Et les nuages ? Comptez-les lorsqu'ils sont au firmament, buvez le ciel qui depuis son immense entonnoir vous tombe en plein visage.

Peut-être qu'ensuite, au moment de faire volte-face et de rentrer dans votre appartement, dans cet univers domestique et quotidien, vous comprendrez qu'ici aussi, il fallait regarder beaucoup de choses de cette manière ; qu'une bouche, un amour, un roman, devaient aussi se gravir à reculons.


Mais faites attention, on trébuche et tombe facilement.

Il y a des choses qui ne se laissent voir qu’en montant à reculons et d'autres qui s'y refusent, effrayées par cette ascension qui les oblige à tant se dénuder.

Entêtées dans leur ascension et leur masque, elles se vengent cruellement de quiconque monte à l’envers en quête de singularité, du petit champ des Peñalosa ou des peupliers du cimetière.

Attention à cette chaise, attention à cette femme.


Traduction
Colo inspirée de celle de Renaud Bouc


 

 

 


                                    La belle voix de Cortázar

 

Instrucciones para subir una escalera al revés

Julio Cortázar

En un lugar de la bibliografía del que no quiero acordarme, se explicó alguna vez que hay escaleras para subir y escaleras para bajar; lo que no se dijo entonces es que también puede haber escaleras para ir hacia atrás.

Los usuarios de estos útiles artefactos comprenderán, sin excesivo esfuerzo, que cualquier escalera va hacia atrás si uno la sube de espaldas, pero lo que en esos casos está por verse es el resultado de tan insólito proceso.

Hágase la prueba con cualquier escalera exterior.

Vencido el primer sentimiento de incomodidad e incluso de vértigo, se descubrirá a cada peldaño un nuevo ámbito que, si bien forma parte del ámbito del peldaño precedente, al mismo tiempo lo corrige, lo critica y lo ensancha.

Piénsese que muy poco antes, la última vez que se había trepado en la forma usual por esa escalera, el mundo de atrás quedaba abolido por la escalera misma, su hipnótica sucesión de peldaños; en cambio, bastará subirla de espaldas para que un horizonte limitado al comienzo por la tapia del jardín, salte ahora hasta el campito de los Peñaloza, abarque luego el molino de la Turca, estalle en los álamos del cementerio y, con un poco de suerte, llegue hasta el horizonte de verdad, el de la definición que nos enseñaba la señorita de tercer grado.

¿Y el cielo? ¿Y las nubes? Cuéntelas cuando esté en lo más alto, bébase el cielo que le cae en plena cara desde su inmenso embudo.

A lo mejor después, cuando gire en redondo y entre en el piso alto de su casa, en su vida doméstica y diaria, comprenderá que también allí había que mirar muchas cosas en esa forma, que también en una boca, un amor, una novela, había que subir hacia atrás.

Pero tenga cuidado, es fácil tropezar y caerse.

Hay cosas que sólo se dejan ver mientras se sube hacia atrás y otras que no quieren, que tienen miedo de ese ascenso que las obliga a desnudarse tanto; obstinadas en su nivel y en su máscara se vengan cruelmente del que sube de espaldas para ver lo otro, el campito de los Peñaloza o los álamos del cementerio.

Cuidado con esa silla; cuidado con esa mujer.